La recherche : un besoin de diversité, d'indépendance et d'éthique
La recherche en productions animales pose les problèmes graves de l'expérimentation animale, et les problèmes graves d'une production de masse au service des intérêts de l'industrie amont et aval.
Pourtant la recherche devrait être indépendante de ces intérêts et avoir une déontologie envers l'animal.
Elle devrait savoir travailler avec des animaux qui évoluent avec une certaine autonomie et liberté (en plein air), pas avec des animaux sous la violence de la contrainte.
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Ethique ---> réalisme
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Espoirs...

La recherche en productions animales est loin des attentes de l'opinion

Les financements pour la recherche profitent essentiellement à l'élevage productiviste et industriel (génomique, travaux sur la nutrition et la reproduction,  références économiques ignorant la qualité éthique...)  Son utilité sociale est contestable.  

La recherche en élevage biologique par contre dispose de moyens dérisoires ; pourtant c'est là que se trouvent les solutions pour une agriculture d'avenir, saine et durable.

Le vent pourrait tourner

Plus on parle des attentes sociétales envers l'agriculture, moins on en tient compte. Sauf pour enrichir le débat avec des études sociologiques. Ce qui est une bonne chose, mais ne fait pas avancer les choses au niveau technique.  Il faut révolutionner la zootechnie - et ne pas se contenter  de rajouter un peu de sociologie et de philosophie sans rien changer à l'enseignement et à la recherche en productions animales.

Les divers Instituts Techniques(bovins, porcs, volailles et lapins...) disposent de moyens ; ils sont financés et gérés par les filières. Ils jouent un rôle primordial dans la diffusion (et la collecte) des connaissances auprès des éleveurs. Mais en matière de bien-être animal, leur discours et leurs travaux sont extrêmement pauvres. Ils manquent de dynamisme et de créativité dans ce domaine.  Y aura-t-il une ouverture ?

Concernant l'INRA, on pourrait penser que certains chercheurs s'accomoderaient très volontiers d'une pression de l'opinion plus forte et plus explicite pour  un bien-être animal plus efficient.  Ethique ou opportunisme ? Pour les animaux, c'est  le résultat qui compte.
L'utilité de la recherche viendra de l'application des résultats.
Quand est-ce que  certaines recherches sur  la douleur et l'anesthésie lors des interventions de routine (porcelets) - et surtout sur l'inutilité et les complications de certaines interventions !! -  déboucheront  sur une  révolution des pratiques ? 
Quand est-ce que certaines recherches sur les liens sociaux des bovins déboucheront sur le respect des groupes, c'est-à-dire les broutards qui étaient  ensemble au troupeau allaitant pouront rester ensemble à l'engraissement ?
Quand est-ce que les recherches sur les relations et le lien entre éleveurs et animaux aboutiront au rejet sans ambiguité des systèmes industriels ? Impossible de communiquer  avec l'animal si on a 800 truies et si l'animal est privé de mouvement  et de toute liberté de choix.

Les travaux du groupe "Agri-bien-être" composés de checheurs de l'INRA intéressés par le bien-être, révèle des orientations de plus en plus intéressantes.   Voir  http://wcentre.tours.inra.fr/BienEtre/lettre24.htm
Est-ce que la réflexion a, ou aura, des répercussions positives sur les pratiques ? Comment, et quand ?
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...et inquiétudes

Recherche-alibi,  recherche absente, recherche absurde 

La recherche inutile  typique est celle qui compare deux systèmes d'élevage dont on sait qu'ils sont mauvais tous les deux, par exemple des cages à poules standard avec des cages dites aménagées, voire même avec des volières en bâtiment obscur  à forte densité de poules. Alors que la bonne  question à poser est  celle-ci :  "Comment je dois aménager ma volière pour qu'elle fonctionne bien ?"

C'est la même chose pour les cages à lapins.  Il ne s'agit pas de comparer des cages-tiroirs en grillage entre elles, mais de répondre à la question : comment structurer un logement pour répondre aux besoins de mouvement, d'occupation, d'interactions sociales et d'hygiène du lapin ?

Comment est-ce possible que dans un pays d'élevage grand comme la France il n'y ait pas de programme de recherche qui travaille pour l'abandon du débecquage des poules pondeuses et qui accompagne les élevages ayant des poules aux becs intacts ? (Plus de la moitié des poules en Suisse ne sont pas épointées, et les taux de mortalité des poules sont plus faibles en Suisse qu'en France).

Comment est-ce possible que la recherche française ne soit pas capable de proposer aux éleveurs des logements pour truies, en maternité, dans des cases paillées avec liberté de mouvement, sans fixation de la truie ? (Alors que de tels logements deviennent obligatoires en Suisse).

Comment est-ce possible qu'un pays grand producteur de dindes et de canards ne se préoccupe pas de mettre au point des modes d'élevage acceptables, sans débecquage, respectueux des comportements naturels et de la santé de ces animaux ?

Comment est-ce possible que dans un pays comme la France, la recherche constate certes la détresse du veau, respectivement du broutard sevré, mais ne franchit pas le pas pour mettre au point des systèmes d'élevage qui évitent cette détresse ?

On voit arriver une course aux brevets concernant des séquences de génome en relation avec des caractères de "qualité" de la viande, pour conforter le marketing dans un contexte de marchés saturés. Vendre de la viande alors qu'il n'y en a pas besoin pour se nourrir ! Quelle en est l'utilité sociale ? Aucune. Est-ce que les élus, est-ce que l'Europe, peuvent se permettre de gaspiller l'argent (rare !) de la recherche sur de tels fantasmes, alors que l'humanité connait des problèmes et des questions bien plus brûlants pour un développement et une alimentation durables ? (problèmes brûlants que l'INRA prend en charge par ailleurs : alimentation humaine, pesticides, agriculture durable...)

Le constat est que l'alimentation industrielle a rendu les animaux malades. Ce fait est une "justification" inépuisable pour des travaux de recherche qui  mettent en avant l'objectif d'avoir des animaux (hyperproductifs) moins malades avec des aliments moins chers. Personne ne peut contester l'objectif  d'avoir des animaux moins malades....  mais c'est pervers tout de même, tant que l'on ne remet pas en question la sélection et les méthodes qui rendent les animaux malades.  Mais nous sommes sur le terrain des  intérêts industriels, et pas dans l'utilité sociale.

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INRA de Tours : 

quelle motivation pour  le bien-être animal ?

 Il existe un programme européen sur le bien-être des poules pondeuses (http://www.laywel.eu/). On trouve en tête de la participation française, pour l'INRA de Tours, Dr. Daniel Guéméné, qui dans des publications antérieures
(voir http://www.inra.fr/internet/Produits/PA/an2004/)
a déjà clairement exprimé sa préoccupation par rapport à tout ce qui pourrait être préjudiciable pour le développement des filières avicoles. Ainsi il écrit en 2004  "À ce stade, l'omniprésence des associations de protection animale dans l'entourage immédiat, voire au sein même, des instances chargées de l'élaboration de cette réglementation et leur propension à l'activisme via des actions de lobbying et/ou médiatiques, le financement d'actions de recherche, etc.,conduit à s'interroger quant à leur impartialité et à leur degré d'implication en regard de leur représentativité réelle dans l'opinion publique. Cette situation est d'autant plus préoccupante qu'une réglementation unique s'applique pour l'ensemble des pays, alors que différents génotypes ou modes de production sont utilisés par les producteurs."    
Ironie du sort ? C'est M. Daniel Guéméné  lui-même qui se trouve vivement critiqué ("L'INRA au service du foie gras") pour la partialité, au service de la filière, de ses travaux sur le "bien-être" animal dans la production de foie gras. D'une manière générale, D. Guéméné plaide le relativisme génétique. Les besoins comportementaux des espèces domestiques seraient déjà très différents des espèces sauvages, et en plus les souches des espèces domestiques seraient différentes entre elles. Bref - il faudrait recommencer à zéro les études sur les besoins des animaux pour chaque nouvelle souche ?! L'homme effacerait l'héritage de l'évolution des espèces dans le cerveau des poules ? ces mécanismes qui sont à la base du fonctionnement des vertébrés ? Ceci est bien dans la logique de l'INRA de Tours puisque son chef de file, M.J-M Faure, enseignait déjà qu'il faut adapter les poules aux cages (oh si performantes).  
Une publication signée D. Guéméné suggère que des poules débecquées sont moins stressées que des poules intactes, et que les cages conventionnelles sont moins stressantes que les cages aménagées... Les résultats  doivent certes faire réfléchir quant aux faiblesses respectives des systèmes et quant à la méthodologie utilisée. Mais la filière industrielle des  cages batteries  risque d'utiliser ces "résultats" au premier degré.

Est-ce que la recherche publique doit travailler POUR le bien-être des animaux et POUR l'excellence d'un élevage éthique et durable ? 

ou est-ce qu'elle doit avant tout se mettre au service des systèmes industriels ?

Cette question mérite en effet un grand débat public.