Le prix, côté éleveur :
une rémunération face à un coût de production
Si un éleveur sort de la production de masse pour produire moins d'animaux, il faut que ceux-ci soient mieux payés. C'est la condition pour que sa production soit viable.
Pour l'éleveur, une certaine sérénité quant à l'avenir  des débouchés et des prix est essentielle.
Pour  les consommateurs-citoyens, une réelle transparence sur les coûts est souhaitable. Les raisons d'un prétendu  "trop cher" doivent être décortiqués. Le bien-fondé des bonnes pratiques a un juste prix.

Le bien-être animal : "trop cher" ?

C'est un discours extrêmement répandu. Il doit être analysé plus finement.

C'est l'argument clé de la croisade que mènent certains représentants de filière contre le bien-être animal. A commencer par M.D.Bussereau, Ministre de l'Agriculture. "Si Bruxelles met en exergue le bien-être, le ministre pointe prioritairement les contraintes concurrentielles engendrées." (Source : Semaine vétérinaire, 20.1.2007)

"Baissez vos coûts de production !"

C'est la consigne donnée aux éleveurs en Europe et dans le monde.  D'importantes restructurations sont prévues.

Bien-être : oui, un surcoût - mais n'exaggérez pas !

Charade :

Mon premier est un imbécile.
Mon deuxième est une partie du corps.
Mon troisième est un goût de vieille graisse.
Mon tout  est déloyal.


Bien-être animal et mondialisation 

Les concurrents pourraient s'y mettre. L'argument des 'contraintes supérieures et insupportables' pour les éleveurs européens aura alors de plus en plus de mal à tenir.

"Après la Floride, l'Arizona est le deuxième Etat américain à bannir l'utilisation des cages de gestation sur son territoire. Cependant, le règlement ne sera appliqué qu'à partir du 31 décembre 2012. Une législation, en somme, calée avec le calendrier européen. Le syndicat des producteurs américains s'inquiète qu'un règlement similaire soit envisagé dans d'autres Etats, ou pire, dans le prochain Farm Bill du gouvernement démocrate américain."
Source : Porc Magazine, décembre 2007, p.81
Un surcoût à la ferme variable :

surcoût souvent faible ou modéré


Pour des garanties de bien-être élémentaire, ce surcoût est le plus souvent modéré : p.ex. des porcs engraissés sur paille, des pondeuses en volière, des veaux en groupe sur paille.  
Parfois il n'y a même aucun  surcoût, p.ex. avec de bons bâtiments modernes pour bovins.
Acheter un meilleur aliment peut coûter plus cher, mais apporter des bénéfices au niveau de la santé des animaux (p.ex. veaux).

surcoût très élevé
pour des productions d'excellence :
  • porcs de race ancienne élevés en forêt et abattus vers 18 mois au lieu de 5-6 mois en standard
  • canards et oies ayant à disposition de l'eau pour nager
  • lapins en plein air avec abris mobiles
  • très petits troupeaux 
  • etc.
Il y a en général une augmentation du temps de travail, donc du coût de main-d'oeuvre.

une approche 'bien-être' économise certains  coûts :
  • l'investissement peut être moindre (plein air, bâtiments ouverts..) : p.ex. la surface est plus grande, mais on économise la ventilation mécanique.
  • un bon état général des animaux améliore leur productivité
  • des vaches "en forme" (qui sortent sur un parcours herbeux) sont plus fertiles
  • les frais vétérinaires diminuent
  • produire du lait et de la viande à base d'herbe économise les céréales et divers intrants

Le seul objectif acceptable est de rechercher des outils et de techniques pour baisser les coûts AVEC le bien-être, et pas CONTRE le bien-être,

- d'assurer la réelle qualité des élevages
- de tenir compte des coûts externalisés, des aides et de l'impact des réglementations
- de tenir compte de la production de richesses sociales non comptables.

Les prix montent et baissent...  aucune relation avec le coût du bien-être !

Les principaux facteurs qui font osciller les prix (parfois d'un extrême à l'autre) sont les crises sanitaires. Si ça frappe un pays, les prix s'écroulent dans le pays concerné. Les prix grimpent ailleurs - tant que la maladie ne touche que les animaux et ne menace pas l'homme.  Si la peur d'une maladie transmissible à l'homme flambe, les prix s'écroulent  largement. La folie de ce systèmes est maintenant largement reconnue et dénoncée.

Il y a aussi les crises de surproduction.

Artéfacts qui pèsent  sur les coût :

l'impact des aides et des règlementations est souvent pervers

Quelques exemples :

Les aides à l'exportation maintiennent les cours pour les productions industrielles.

Les paiements compensatoires et les DPU (Droits à Paiement Unique : nouvelle forme des primes PAC, donnés à la surface) ont permis de baisser les prix des céréales, ce qui diminue fortement les coûts de l'alimentation animale. Or l'aliment est le facteur le plus important du coût de production. Voilà un soutien immense à l'élevage de masse.

Toutes les aides données à l'élevage industriel au nom de l'environnement et de la dépollution contribuent à réduire ses coûts de production, puisque la société accepte très largement l'externalisation du coût de la pollution de l'eau. Les petits élevages en plein air n'ont pas besoin de ces aides.

Idem les aides en cas de crises sanitaires. La crise majeure de la grippe aviaire a été entièrement produite par l'élevage industriel mondialisé. Or ce sont les éleveurs en label rouge plein air qui en ont le plus souffert  - parce que les médias n'ont pas mis l'accent là où il fallait.

Les coûts liées à la mise aux normes sanitaires des abattoirs et outils de transformation sont très élevés. Ces coûts peuvent être bien plus dissuasifs pour mettre en place des petites filières 'bien-être' que le coût du bien-être animal à la ferme.

voir contrôles

La malédiction des gros volumes

Il y a eu surenchère entre centrales d'achat de plus en plus grandes, et élevages de plus en plus concentrationnaires. L'un a entraîné l'autre dans une course absurde. Résultat : l'agriculture telle qu'on l'apprécie est détruite.

En effet, les gros volumes, la masse, permettent de faire des économies d'échelle. L'automatisation est forte, à tous les niveaux.
Le surcoût des petits volumes pèse lourd : logistique, transformation, conditionnement, livraison... tout coûte plus cher lorsque les quantités sont petites.

Solutions :
  • augmenter le volume des produits 'bien-être'
  • mieux organiser les filières 'bien-être', en particulier mieux valoriser la totalité des produits et sous-produits 
  • vente directe, ou semi-directe vers des supermarchés et des entreprises locaux et régionaux
  • valoriser  le côté artisanal et les emplois créés dans de petites filières locales

Les coûts du bien-être à la ferme :  des évaluations trop grossières

Il existe de nombreux travaux pour établir des références économiques sur divers systèmes de production.

On ne connait pas la qualité effective du bien-être

Il peut s'agir d'enquêtes par courrier ; les résultats sont certes importants. Elles peuvent intégrer les variations entre exploitations, comme par exemple le quart des meilleurs et celui des moins bons. Mais on ne sait pas comment fonctionnent ces élevages.   On ne sait pas s'ils sont vraiment  "bons" au niveau du bien-être animal. (Il y a des élevages alternatifs bons et mauvais.)

Ce serait p.ex. intéressant de tester le bien-être effectif (au-delà de l'étiquette plein air) des poules pondeuses dans des élevages en plein air qui produisent pour Aldi et Lidl au prix le plus bas.

Ces travaux sur les coûts de production n'intègrent pas non plus des critères de durabilité.

Or quel sens a l'évaluation des coûts, si la production est par essence non durable ?
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