Une éthique de la vérité : être honnête et ouvert 
L'éthique demande honnêteté et ouverture d'esprit pour reconnaître les besoins, les douleurs et les détresses des animaux.
L'éthique demande aussi honnêteté et ouverture d'esprit envers les mécanismes économiques et les idées qui les soustendent.
De même elle encadre les traditions (culinaires, géographiques, religieuses, ...). Celles-ci ne doivent pas s'affranchir de règles morales envers l'animal, en premier lieu la règle de ne pas faire souffrir.
Représentations et feedback Vérité de l'animal Verité de l'éthique


Représentations de la réalité et feedback

Personne n'est seul au monde. Notre pensée, y compris la pensée éthique, est toujours influencée par les paroles et les attitudes des autres. C'est une construction sociale. Elle nous permet de vivre, de travailler, d'échanger, dans une société humaine. Nous avons  une certaine représentation de ce  qui nous entoure. La représentation du monde est une construction du cerveau, faite à partir de mots, et soustendue par des émotions. Cette construction obéit à sa propre logique.  C'est une abstraction par rapport à une réalité infiniment complexe et nuancée.
L'interaction avec la réalité environnante fournit le feedback qu'il faut pour faire évoluer, modifier et corriger cette construction. Lorsque nos représentations correspondent bien à la réalité environnante, nous pouvons agir de manière plus efficace et ciblée que lorsque nos idées sont loin de la réalité.

Il arrive qu'il se produit un décalage entre nos représentations et les faits. Ce décalage peut continuer et s'amplifier jusqu'au moment où il y a un clash, ou simplement un déclic, où on s'en rend compte, voire où on est obligé de réagir et d'évoluer dans ses idées.  Alors des expériences nouvelles peuvent se construire. Par exemple, quelqu'un pense que son enfant est heureux, et un jour il se rend compte qu'il y a des problèmes ; il doit revoir sa représentation de la famille. Ou quelqu'un qui a des préjugés négatifs sur les étrangers, tombe en panne et de jeunes étrangers lui apportent secours  : c'est une opportunité pour corriger ses représentations.  Ou quelqu'un se croit incapable, et découvre que son travail est apprécié : il pourra reconstruire  son image de soi.  En fait, il y a deux possibilités :

Soit nous réalisons effectivement ce travail de mise en cohérence entre notre pensée et la réalité que nous vivons.

Soit nous préférons  maintenir le décalage avec la réalité, et nous poursuivons notre chemin, que la direction soit juste ou qu'elle soit fausse, on ne veut rien savoir, quelles qu'en soient les raisons - angoisse, démission, paresse, fatigue, mensonge volontaire, incompréhension, surestime de soi, intérêts économiques, agressivité.... Tôt ou peut-être tard - peut-être seulement à la génération suivante - , contradictions et erreurs deviendront manifestes. Les conséquences ne sont pas toujours réparables.

La meilleure solution est sans doute de garder l'esprit ouvert et vigilant, et notamment de garder une vigilance éthique.

La vérité de l'animal

L'animal vit, bouge, perçoit son environnement, ressent des émotions. C'est une réalité, indépendante de toute interprétation à distance. Mais l'observateur humain perçoit et comprend en fonction de ses représentations à lui. Le décalage entre les représentations humaines de l'animal et la vérité de l'animal est souvent important. En effet, l'animal ne parlant pas, ne peut pas expliquer et faire valoir son propre point de vue. Par ailleurs, l'animal étant entre les mains de l'homme, les situations de "clash" et de "déclic" ont tendance à être prévenues et évitées par l'homme. Mais elles se présentent - et c'est bien ce qui fait évoluer les choses.

En tout cas, la vérité n'est pas relative, elle ne dépend pas de la culture de chacun. Elle colle à la réalité. Nous nous en sommes doutés : l'émergence de la vérité est lente et difficile.

Pour ce qui concerne l'animal, la vérité n'est pas relative en fonction des représentations culturelles de l'animal. Evidemment ces représentations culturelles existent et divergent.  Mais la réalité est celle de l'animal. La vérité est dans la peau de l'animal et dans son cerveau.  On l'approche, on l'observe (on l'"écoute"), on l'apprend, on le sent.  On essaie de comprendre, tout comme un adulte peut essayer de comprendre un enfant. Certains aspects se prêtent à être mesurés, d'autres se prêtent à l'intuition. Il en résultera un "parler vrai" sur l'animal qui sera de moins en moins loin de sa réalité,  tout en gardant des risques d'erreur.
Peut-on alors maintenir des techniques l'élevage et d'abattage douteuses, en attendant d'avoir obtenu la dernière des dernières preuves scientifiques de la réalité de la souffrance ?
A ce moment, face à d'éventuelles erreurs, revient l'éthique. Elle exige que le bénéfice du doute soit pour l'animal. Le bénéfice du doute ne peut pas être refusé au plus faible, à celui qui ne peut ni se défendre ni s'exprimer. Accorder le bénéfice du doute au plus fort revient à faire violence au plus faible.

Mais la concurrence à la vérité est puissante :  imitation et répétition de discours, sans les vérifier ; langue de bois; propagande ; préjugés de toute sorte ; manque de connaissances ; manque de réflexion ; manque de bonne foi.

Le respect de la vie

selon Albert Schweitzer

La vérité de l'animal est d'abord de vouloir vivre, comme toute vie.
Albert Schweitzer a perçu toute la problématique de l'utilisation de l'animal : l'abattage, l'expérimentation, l'animal de compagnie, et l'animal sauvage chassé.  Il a perçu le grand besoin d'une réflexion  autonome, non manipulée, dans la société, et la nécessité d'actions appropriées au cas par cas. Pour lui l'éthique était une question de décision individuelle d'agir, de son mieux, pour sauver  la vie et soulager les souffrances.  En cas de conflit, chacun évalue et décide aussi bien qu'il peut en son âme et conscience.  A. Schweitzer a rejeté toute casuistique.
Il a  voulu apporter une dignité et une qualité de la pensée à son époque qu'il voyait, avec beaucoup de lucidité, menacée par les totalitarismes en train de monter. Il a aussi très clairement dénoncé les méfaits  induits dans la vie et la culture des hommes, par  la domination de la performance économique et une mondialisation qui ne respecte pas les hommes.
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Cette éthique protestante accorde une grande responsabilité à chaque acteur.  En même temps elle respecte chacun à sa place, dans son autonomie.  "Aussi bien que possible"  devient, dans ce sens, une maxime réaliste. Est-ce que l'interprétation du "possible" risque d'être trop exigeante ? Est-ce que l'individu ne pouvant pas faire face, prend des risques pour son équilibre psychique ? C'est une raison pour être prudent et pour rester tolérant et humain - ce n'est certainement pas une raison pour renoncer.


La vérité de l'éthique

Supposons que nous sommes d'accord qu'il faut des règles morales dans la société. La conséquence est qu'il faut être honnête envers ces règles morales. Il n'est pas moral de tricher, de les détourner,  de les fausser, de les saboter, de faire semblant; d'être hypocrite. Il ne peut y avoir d'éthique sans bonne foi.  Les deux vont ensemble.

Or la vérité de l'éthique c'est qu'elle a des valeurs propres, qui s'adressent aux divers aspects de la vie. Si la règle était  "le plus fort gagne", il n'y aurait pas de règle éthique. Le plus fort gagne de toute façon - sauf si la règle morale modère la résultante du rapport de force. "Le plus riche gagne " ? L'éthique aura son mot à dire.

L'éthique exprime des principes moraux qui évidemment ne sont pas nécessairement appliqués, qui ne sont même très souvent  pas appliqués du tout. Mais cela n'enlève rien à leur pertinence et valeur et à leur essence éthique. La société humaine en a néanmoins besoin. Pour éviter pire.

Ce n'est pas l'endroit ici de se lancer dans une philosophie de l'éthique. L'éthique n'est en effet pas une science qui décrit ce qui est. C'est une science qui réfléchit sur ce qui devrait être, et notamment sur comment les comportements devraient être. La vérité de l'éthique c'est d'avoir une utopie, d'avoir des objectifs, d'avoir des repères. Ces repères et objectifs peuvent être formulés différemment. Souvent, entre philosophes, la forme diffère plus que le fond. Retenons en tant qu'objectif éthique :
  • réduire la souffrance
  • augmenter le bonheur ;
l'objectif le plus consensuel  étant d'aller vers des lendemains meilleurs.  (source: Tjard de Cock Buning)
A quoi est-ce bon si  les uns souffrent pour que les autres soient plus heureux ? Si les uns sont gâtés et les autres oubliés ? Si les uns ont les moyens de se prendre ce qu'il leur faut, mais pas les autres ?  Tout le problème est dans la répartition.

En réponse, logiquement, l'éthique postule justice et solidarité. La répartition doit être imprégnée d'amour, dit la religion.
L'éthique postule aussi le principe de la responsabilité.  

Revenons aux animaux. On peut dire que les hommes sont plus importants que les animaux., et que le bonheur des enfants est la priorité des priorités - pour un monde meilleur, pour un monde avec moins de traumatismes psychiques et physiques.

Mais pourquoi les animaux  devraient-ils souffrir ?
Les réponses qui veulent justifier les souffrances des animaux d'élevage ne relèvent pas de la vérité éthique.

"La gourmandise justifie la souffrance". C'est par exemple ce qui soustend la production de foie gras ou de chapon. Cependant le plaisir (du gourmet) n'a pas une valeur éthique suffisante pour justifier maladie, douleur, désespoir (de l'animal). Prétendre le contraire est bien sûr possible, mais ce serait indéfendable au nom de l'éthique, ce serait par essence une prise de position anti-éthique. 

"La tradition justifie la souffrance". C'est par exemple ce qui soustend la production de foie gras ou de veau blanc dit 'sous la mère'.  Mais comment peut-on adhérer à une tradition qui fait souffrir, qui prive de bonheur, et la défendre ? Une telle tradition  n'est par définition pas défendable au nom de l'éthique - elle aurait dû être abolie depuis longtemps au nom de l'éthique. On ne garde pas les vieilles erreurs, injustices et méchancetés.

"Le prix justifie la souffrance". Cette attitude soustend la majorité des volumes produits aujourd'hui dans le monde. Cela suppose que l'argent est d'une valeur supérieure à l'éthique, ce qui est anti-éthique par essence. L'éthique par essence condamne la cupidité, condamne l'avarice, et éduque au partage et à la générosité. L'affirmation que "les pauvres" (les RMIstes, les femmes seules avec leurs enfants, etc.) ont besoin des aliments 'premier prix' issus de souffrance animale est particulièrement perverse parce qu'elle est partiellement vraie - mais elle confond les causes et les effets.  Ainsi on a le culot de faire croire que la maltraitance des animaux serait un acte de bienveillance et de charité envers les pauvres. Le contraire est vrai.  Le même cynisme du profit financier s'exerce envers les hommes et envers les animaux.

"Le gain de temps justifie la souffrance". C'est un argument fréquent chez les éleveurs, proche de l'argument précédent. Par exemple : "une anesthésie locale pour une intervention douloureuse (castration) me prend du temps, et si je ne suis pas payé, je ne le fais pas". Personne n'accepterait pareille logique de la part du corps médical ou des assurances maladie, heureusement ....

"Les marchés à l'exportation justifient la souffrance". La distorsion de concurrence serait inacceptable, si nous tolérerions moins de souffrance animale chez nous que ce qui se pratique dans les pays tiers. L'argument est monstrueux. Si les autres mentent, nous aussi? Si les autres sont corrompus, nous aussi ? Car en effet, ils pourraient en tirer un avantage  commercial.  Si les autres exploitent les ouvriers, nous aussi ? Si les autres écrasent les syndicats, nous aussi ? Si les autres torturent, nous aussi ? Si les autres polluent les mers et les rivières, nous aussi ? Le fait que le comportement des autres ne soit pas éthique ne nous dispense pas de faire des efforts d'ordre éthique de notre côté.  Ce problème est vieux comme le monde.

"La religion justifie la souffrance".  Si on en arrive à mettre en application  une idée pareille, tous les signaux d'alerte doivent se mettre à clignoter. Il y a danger ! On est en train de pervertir la religion. Intégrisme et violence sont en train de fausser le vrai message, profond et humain, le message d'amour et de justice, des grandes religions.  Ou alors des intérêts économiques beaucoup plus vulgaires se cachent derrière des règles religieuses. 

Langue(s) de bois 




Le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche "justifie" l'absence de politique et le blocage de la France en matière de bien-être animal au sein du Conseil des Ministres par un discours stéréotypé :

" ... Le Ministre*... a souhaité appeler l'attention de ses collègues et de la Commission européenne sur la nécessité de prendre en compte la situation économique de nombreuses filières animales. Le contexte de concurrence accrue à l'échelle mondiale rend difficile la valorisation économique de normes d'élevage sur le bien-être animal encore plus contraignantes ...
Il est avant tout nécessaire d'appréhender et de justifier scientifiquement l'évolution nécessaire des normes de bien-être animal afin de garantir aux animaux d'élevage des conditions de vie répondant à leurs besoins. Au demeurant ces normes doivent rester dans des proportions permettant de préserver la viabilité économique des élevages ....
.... il convient de s'interroger sur la pertinence d'une politique agricole européenne qui handicaperait nos éleveurs et nos entreprises en les soumettant à des normes qui ne pourraient pas être imposées à leurs partenaires dans des pays tiers.
Très sensible à vos propos, le Ministre s'efforcera d'assurer un juste équilibre entre les considérations éthiques de la protection animale et les exigences économiques ...    "
courrier du 25.4.2006, signé Michel Cadot

* il s'agit de M. Dominique Bussereau




Traité d'Amsterdam

Protocole sur la protection et le bien-être des animaux

LES HAUTES PARTIES CONTRACTANTES,
DÉSIREUSES d'assurer une plus grande protection et un meilleur respect du bien-être des animaux en tant qu'êtres sensibles,
SONT CONVENUES des dispositions ci-après, qui sont annexées au traité instituant la Communauté européenne:
Lorsqu'ils formulent et mettent en œuvre la politique communautaire dans les domaines de l'agriculture, des transports, du marché intérieur et de la recherche, la Communauté et les États membres tiennent pleinement compte des exigences du bien-être des animaux, tout en respectant les dispositions législatives ou administratives et les usages des États membres en matière notamment de rites religieux, de traditions culturelles et de patrimoines régionaux.