L'intelligence des animaux
Animaux condamnés à l'atrophie cérébrale ? Ou libres d'exprimer leur intelligence ?
L'élevage doit devenir "convenable".

Que sait faire le cerveau ?        Apprendre et être actif    des individus avec leurs caractères Conséquences pratiques pour un élevage convenable




La zootechnie fait l'impasse totale sur l'intelligence des animaux.

Pourtant de nombreux paysans disent "les animaux sont parfois plus intelligents que les hommes".
Sources remarquables :

Vilmos Csányi : If dogs could talk. Exploring the canine mind
Frans de Waal : Le bon singe
                          The Ape and the Sushimaster
Temple Grandin : Animals in Translation
Vinciane Despret : Quand le loup habitera avec l'agneau
CIWF   International conference  : From Darwin to Dawkins : the science and implications of animal sentience, London, 17-18 March 2005
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Que sait faire le cerveau ?

Une première définition de l'intelligence est celle-ci : "un système est intelligent si son comportement favorise son existence ininterrompue." Ce qui signifie que la stratégie de survie d'un animal est intelligente si elle lui permet de survivre dans un environnement donné : l'ours polaire dans le grand froid, le  paresseux dans la forêt amazonienne, l'araignée dans la cave. Face à des difficultés, les solutions pertinentes ne seront pas les mêmes. Et l'intelligence des solutions ne pourra pas être comprise ni évaluée dans l'univers artificiel et appauvri d'une cage de laboratoire ou d'un bâtiment d'élevage !

Comment fonctionne le cerveau ? Voyons quelques aperçus modernes issus des neurosciences et de l'éthologie cognitive.
Le cerveau enregistre les informations fournies par les organes sensoriels : vue, odorat, ouïe, organes tactiles. Ainsi il stocke des représentations certes partielles mais pertinentes pour l'espèce, de la réalité environnante. Ces représentations peuvent aller jusqu'à des cartographies étendues (oiseaux migrateurs, batraciens, abeilles....) avec des repères géographiques. Il peut aussi s'agir de données sur ce qui peut se manger, sur d'éventuels prédateurs, sur les congénères. L'animal peut, lorsqu'il en a besoin, mobiliser cette mémoire dans des limites qui varient selon les espèces.

L'homme...

L'homme a, grâce au développement de ses lobes frontaux, une "mémoire vive" particulièrement étendue. Il peut mobiliser et traiter beaucoup de données. En plus, il bénéficie du language pour traiter les représentations qu'il a stockées. Cela lui permet d'utiliser, de combiner, de modifier, de transmettre, d'apprendre, d'entraîner, de reconstruire, etc... ses représentations, sans avoir nécessairement à repasser par l'expérience concrète dans la réalité. Cela lui permet d'une part de concevoir et de développer des réalisations complexes d'ordre technique. D'autre part il peut exprimer des idées complexes sur tout ce qui concerne la vie en groupe, les règles et les coutumes, la religion etc...,. et il peut échanger avec les autres sur ces représentations. En effet, les représentations de la réalité que chacun a, sont des oeuvres éminemment sociales. Le cerveau humain est optimisé pour des tâches relevant de la compétence psychosociale. "Notre cerveau est donc moins un organe pour penser mais plutôt un organce social." (Huether, professeur de neurobiologie à Göttingen). Voilà donc une première caractéristique du génie de notre cerveau : ce qu'il produit est influencé par les autres. S'il n'y avait pas ces interactions, nous aurions d'ailleurs bien du mal à nous faire comprendre. Voyons encore une deuxième caractéristique : le cerveau filtre les impressions qu'il perçoit. Car il ne peut évidemment pas accueillir et stocker la totalité des renseigements qui composent la réalité environnante. Donc le cerveau laisse surtout 'rentrer' ceux qu'il considère comme étant  intéressantes et/ou celles qui sont cohérentes avec les représentations en place. Mais si les nouvelles perceptions sont incompatibles avec les représentations préexistantes ? Il existe alors de grandes différences entre personnalités : certaines sont plus ouvertes à des données nouvelles ou différentes et font plus facilement évoluer les représentations qu'ils ont, d'autres sont plus fermées, figées, rigides, ou (si on veut) stables, et font difficilement évoluer les représentations qu'ils ont. Les émotions y jouent un rôle prépondérant : curiosité, plaisir, amour, sociabilité, angoisse, agressivité....  Et attention : le langage qui est tellement réputé comme un outil de supériorité humaine, peut aussi nous jouer des tours et s'interposer devant une perception plus directe (visuelle, auditive, tactile, émotionnelle....) et 'spontantée' de la réalité. C'est le risque des théories qui s'emballent. Le 'feedback' par la réalité passe mal. Mais reprenons encore une fois le rôle des émotions : elles déterminent comment les expériences précoces (et moins précoces) sont gravées dans la mémoire et déterminent les attitudes et convictions ultérieures. La rationnalité ? C'est souvent du bluff.

Les animaux et les hommes : 

une crise d'identité

Pendant longtemps la "science" à la mode (behaviorisme) considérait que le comportement animal consistait en des réponses à des stimulations. Ces réponses (réflexes conditionnés) étaient modelées par de l'apprentissage (suite à des récompenses et des punitions). L'étude du comportement animal était conduite en appliquant ces idées, en laboratoire, dans des conditions totalement artificielles, résultant de théories humaines. Il était interdit de parler des émotions des animaux car tout ce qui touchait au subjectif (désirs, envies, pensées...) était considéré comme non scientifique.
Aujourd'hui de telles attitudes sont totalement dépassées au niveau scientifique, mais elles ont laissé de lourdes séquelles dans les mentalités. En pratique, des attitudes de ce type sont encore mises en avant par les milieux scientifiques proches de l'élevage industriel pour le défendre contre la protection des animaux qui elle met en avant la sensibilité et les émotions des animaux.
Pourquoi défendre l'élevage dit conventionnel ? Il y a d'une part les intérêts économiques. Il y a d'autre part les enjeux identitaires, avec tout ce qu'il peut y avoir comme émotions défensives ou même agressives. Pourquoi des enjeux identitaires ? Parce que le traitement des animaux dans une société ou dans une profession est issu de traditions ou du moins de pratiques partagées. La manière de faire reflète l'appartenance à un groupe social. Or l'appartenance et l'acceptation au sein d'un groupe social sont essentielles pour notre identité, pour notre estime de nous-mêmes. Pour maintenir en marche les systèmes industriels, il y a tout intérêt à ce que "les éleveurs bretons" se mobilisent en défendant leur identité et leurs valeurs contre des ennemis fantômes ou boucs émissaires à savoir "les welfaristes anglo-saxons" (pourtant le behaviorisme est né aux USA et  les multinationales anglosaxonnes de l'élevage sont les précurseurs du pire), ou toute sorte d'"activistes" de la cause animale. Ces derniers sont accusés de tout mélanger, notamment les hommes et les animaux. Là encore : c'est une crise identitaire.
Nos sociétés modernes sont en train de se noyer dans le tout économique. Les valeurs coulent. Est-ce que "la supériorité de l'homme sur l'anmal" est vraiment la bonne bouée de sauvetage pour l'estime de soi des professionnels accusés de maltraitance ?
Et l'animal ?

Il n'a pas fini de nous surprendre. Chaque fois que les hommes croient que telle ou telle type de performance leur est propre (la conscience, les éléments du langage, la compréhension de signes, l'utilisation ou la construction d'outils...) ils finisssent par découvrir qu'un animal en est capable. Voilà quelques exemples de ce que certains animaux savent faire, d'après des chercheurs reconnus au niveau international :
  • les électroencéphalogrammes d'animaux ne sont pas très différents des humains, ce qui montre qu'ils ont  une activité mentale permanente ; il est fort probable qu'elle se passe en images, en odeurs, en sons....
  • dans des tests, les animaux ont le souvenir de ce qu'ils ont fait et peuvent en tenir compte par la suite : c'est une forme de conscience de soi
  • les animaux peuvent poser des questions et tenir compte de la réponse
    • le fameux perroquet gris Alex se regarde dans le miroir et demande "quelle couleur ?" Après avoir posé 6 fois la question et obtenu 6 fois la réponse, il sait reconnaître la couleur 'gris'.
    • les chiens peuvent poser des questions ('on va se promener ?' 'qui va se promener ?' 'quel chemin prenons-nous ?') et réagir en fonction de la réponse
  • les animaux peuvent se parler
    • des chiens de prairie ont un système de communication qui inclut des noms, des verbes et des adjectifs, et des régles de transformation. Ainsi ils peuvent caractériser un coyote ou un homme qui approche la colonie à allure plus ou moins rapide
    • les dauphins se transmettent des informations par les sons
  • les pigeons apprennent à distinguer des tableaux soit de Picasso soit de Monet
  • les animaux peuvent délibérément induire en erreur des congénères
  • après une dispute, les animaux peuvent se réconcilier
  • les grands singes se reconnaissent bien dans un miroir
  • des chimpanzées peuvent apprendre à utiliser de nombreux signes de la langue des sourd-muets
  • des animaux peuvent montrer de l'empathie envers les états d'âme d'autrui

Les poules peuvent apprendre


Les poules savent anticiper l'avenir ! C'est ce que démontre une étude pour laquelle des poules ont appris à appuyer sur un bouton pour obtenir de l'aliment. Si elles picoraient après seulement 2 secondes, elles ne recevaient que peu d'aliment, si par contre elles attendaient 22 secondes avant de picorer, elles recevaient un "jackpot" avec beaucoup d'aliment. Presque toutes les poules ont appris à attendre pour obtenir la plus grande quantité.

Les poules apprennent vite à éviter des graines d'une certaine couleur, si celles-ci leur causent des nausées, et elles protègent leur poussins contre cette variante de graines. Dans une autre étude, on a proposé à des poules blessées le choix entre deux aliments dont l'un contenait un médicament antalgique.  Elles ont vite compris l'avantage de ce dernier.

Il est connu que les poules apprennent à leur poussin l'art de vivre. Entre poules, elles apprennent par imitation. Même lorsque le comportement à imiter leur est présenté en vidéo. Il s'agissait en l'occurence de trouver où était caché l'aliment. Les poules sur la vidéo montraient où chercher.

Les poules peuvent distinguer et reconnaître un grand nombre de congénères. Elles ont une trentaine de sons différents pour communiquer. Ainsi le cri d'alarme n'est pas le même pour un prédateur au sol que pour un prédateur venant du ciel comme l'autour.

Source: Esther Wullschleger Schättin, Tierreport 1/2006 ; 
C. Nicol
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Apprendre et être actif

L'animal (l'homme d'ailleurs aussi)  naît avec un programme génétique qui lui permet d'acquérir les comportements nécessaires à son développement, sa survie et sa reproduction. En effet, ses 'instincts' ne déterminent pas de manière automatique tout ce qu'il devra faire. Pour certaines espèces qui vivent dans des environnements hautement spécialisés, le programme inné peut être relativement précis et efficace. Mais dès que l'environnement de l'animal peut varier, il faut que l'animal puisse s'adapter. Donc il faut qu'il puisse apprendre, individuellement. L'apprentissage du poussin détermine le comportement de la poule. Le vécu du porcelet influe sur le comportement social du porc jeune et adulte. La socialisation du veau l'introduit à la vie du troupeau. Certains apprentissages essentiels sont cependant préprogrammés à des moments clés de la vie : la reconnaissance des parents, des congénères. Ainsi la petite oie prendra pour son parent et congénère la première 'personne' qu'elle perçoit au moment de l'éclosion. L'animal a un schéma inné plus ou moins précis de ce qu'il lui faut : ensuite faudra-t-il chercher dans l'environnement réel ce qui correspond à son besoin.
Ainsi le jeu, la curiosité, l'exploration, sont des comportements naturels essentiels pour savoir maîtriser son environnement.
Y aurait-il quelque chose de bon à manger ? de l'eau à boire ?
Connaître les endroits sûrs, abrités, confortables, est tout aussi fondamental. Tantôt au chaud, tantôt au frais.
Quel est le meilleur endroit pour dormir, pour manger, pour prendre soin de soi et se mettre bien dans sa peau, pour élever les petits ?
Quel sera le déroulement de la journée ?
Discerner entre congénères agréables et congénères pénibles ou dangereux, savoir se comporter, connaître ses limites, est important. Par où s'enfuir ?
Faire connaissance avec des animaux d'autres espèces : sont-ils inoffensifs ?
Il faut aussi agir sur cet environnement, le rendre plus sûr et accueillant : creuser, gratter, entasser, faire son nid...

Le fonctionnement du cerveau est basé sur l'interaction et l'action
. Explorer. Interagir. Agir. Choisir.
C'est ainsi que se développent dans le cerveau les connexions entre neurones de manière normale alors que l'animal développe ses aptitudes à maîtriser son environnement. Les connexions se développent lorsque l'activité les stimule. Cette plasticité du cerveau est une découverte relativement récente. Cette plasticité est sans doute maximale dans l'espèce humaine. Mais elle existe de manière tout à fait étonnante même chez les rats et les souris (les animaux qui sont le plus étudiés).
Mais lorsque l'environnement est exigu, monotone, sombre, sans possibilité d'explorer, sans endroits diversifiés, sans matériaux à manipuler - alors les connexions normales entre neurones ne peuvent pas s'établir. Le cerveau ne peut pas développer son potentiel. Certaines parties du cerveau s'atrophient par manque de stimulation. .C'est une réalité bien mise en évidence chez les animaux de laboratoire. Que peut-il bien se passer en élevage industriel !
Est-ce une atrophie indolore qui ne cause pas de souffrances et qui de ce point de vue là serait acceptable ? En d'autres termes, est-ce que la poule dans sa cage qui ne peut jamais dans sa vie marcher normalement, ne sait pas qu'un autre environnement existe et de ce fait est heureuse avec ce qu'elle a ?
Non. Bien au contraire, toutes les pistes neurobiologiques font penser qu'il y a un stress chronique et qu'il y a souffrance. Car toute tentative d'interagir normalement avec son environnement échoue. La privation est source de détresse. Le fonctionnement normal du cerveau ne peut pas se construire. Le système de régulation neuro-endocriniens ne peut pas faire face à l'échec permanent, lors de toute tentative d'(inter)agir. Il ne peut pas faire face à des privations majeures (de tout sauf de l'aliment et de l'eau et des vaccins nécesaires pour produire !), et en plus à  un inconfort physique voire à des lésions. Le système s'écroule.
Les capacités d'adaptation de l'animal sont dépassés.
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Des individus uniques, avec leur caractère

Aujourd'hui  la science reconnaît de mieux en mieux la forte individualité des animaux., leurs tempéraments différents.

Ces différences ont une part génétique. Il est possible de sélectionner les animaux sur des critères comportementaux.

Cependant il est fort probable que l'explication des traits de caractère ne soit pas si simple et qu'elle ne repose  pas seulement sur quelques gènes clairement identifiables. La réalité doit être bien plus complexe.  
Une individualité se forme déjà avec les expériences vécues par l'embron. L'alimentation  et les conditions de vie de la mère  - notamment d'éventuels stress -  marquent le jeune animal et influent sa capacité d'apprentissage et sa propre manière de faire face à son environnement.

Ensuite  les expériences  vécues se gravent dans le cerveau. Notamment les relations avec les congénères : rassurantes, conflictuelles, stimulantes....
en construction
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Conséquences pratiques pour un élevage convenable

La loi suisse sur la protection des animaux définit la notion clé de "détention convenable" des animaux d'élevage :
"Les animaux doivent être détenus de telle façon que leurs fonctions corporelles et leur comportement ne soient pas gênés et que leur faculté d'adaptation ne soit pas mise à l'épreuve de manière excessive."

Citons un ouvrage d'enseigement agricole suisse (Aviforum, publications techniques pour l'aviculture, 4.2.), selon M. Stauffacher, 1995 :

"Une détention est convenable du point de vue éthologique si elle :

1. permet la détention en groupes d'animaux vivant en société
2. permet de choisir entre diverses qualités de stimuli  (p.ex. lumière - obscurité)
3. favorise le comportement attentif et le comportement exploratoire
4. permet un comportement de recherche (comportement appétitif)
5. fournit un environnement contrôlable où l'animal peut s'adapter aux évènements imprévisibles (ses capacités d'adaptation ne sont pas dépassées)
6. permet aux animaux de développer des processus d'apprentissage durant leur développement individuel
7. permet des réactions de l'animal adaptées aux perturbations

--> pas de dommages morphologiques (pas de dommages corporels externes)
--> pas de modifications des fonctions physiologiques ni du système immunitaire (fonctions corporelles et éfenses immunitaires)
--> pas de troubles du comportement
--> pas de stress chronique
--> les capacités d'adaptation ne sont pas mises à l'épreuve de manière excessive."
Pour répondre à la presciption de la loi, en Suisse, les nouveaux systèmes de détention sont testés avant d'obtenir leur autorisation de mise sur le marché. On examine si le système satisfait aux exigences d'une détention convenable et si les animaux le supportent. 
   
Centre spécialisé dans la détention convenable des ruminants et des  porcs
c/o Agroscope FAT Tänikon
CH-8356 Ettenhausen
http://www.bvet.admin.ch/tierschutz/

Centre spécialisé dans la détention convenable de la volaille et des lapins
Burgerweg 22
CH-3052 Zollikofen
http://www.bvet.admin.ch/tierschutz/

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